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Une envie d'images, de corps – corps nus. Pourquoi dénudés ? Je n'en connaît pas la raison profonde... ce serait très certainement pour l'immédiateté, pour voir la peau, pour voir tous les détails non-immediatement accessibles, le grain, les plis, les seins, les épaules, les fesses, le ventre… que sais-je… regarder, contempler, épier peut-être. Oui, épier, découvrir quelque chose qui ne saurait être vu par l'ensemble. Voir le détail, la chose qui fait l'unique de chacun.
JE SOUHAITERAIS ETRE L'INTIME, celui qui a vu, celui qui met en valeur ; celui qui a su fixer le moment d'une intimité sacrée. La personne en face de moi « se met à nu » et j'aimerais me mettre, à mon tour, à nu dans ma production d'images issue de cette « communion ».
Un secret entre nous dont on ne dévoile que les images, ne trahissant que l'aspect visible de l'émotion ; Me montrer, moi, ou ce que j'ai vu. Faire DES IMAGES DE L'INTIME ET RECREER UNE INTIMITE.
Je ne souhaite pas entrer dans l'intimité des gens mais avoir une intimité avec eux, partager un moment de complicité, un moment de confiance absolu, un moment d'éternité, unique et indestructible. Ce moment, peut-être est-il unique à jamais, jamais « re-vivable », mais il a été présent, initiateur d'une joie profonde, ponctué par des images. Ces images deviennent, deviendront, une source de joie, de peine assurément, d'un MOMENT DECISIF. Ce moment est peut-être dur à vivre, fort ; la preuve d'une confiance entre deux personnes. Une COMPLICITE.
Il s'agit d'entrer dans un autre monde peut-être pour voir ce que j'aimerais voir en moi, faire sortir ces choses inconscientes, latentes, que je n'ose peut-être pas montrer directement. Est-ce que je sais seulement d'ou viennent ces IMAGES INCONSCIENTES que je souhaite sortir de moi ? Les images que je cherche sont donc le support d'une extériorisation. Dire, en montrant, ce que je suis, intimement, profondément. MES RACINES INCONSCIENTES. Une FRANCHISE DES IMAGES D'UN INCONSCIENT PUDIQUE qui se borne à exprimer de timides sentiments entrecoupés de lucides instants de complicité. Tout est à l'intérieur et le trop plein en ressort par tendresse, par rage… par images photographiques. Ces images que je provoque n'ont pas de temps inscrit. C'est le temps de la photo, le caractère intemporel de SENSATIONS ; car seules les extériorisations de mes sensations peuvent se retrouver en images, elles sont produites par une combinaison d'éléments et provoque un résultat, souvent innommable et donc imagé.
Le corps parle, s'exprime, et la transcription de mon regard sur ce corps fera s'exprimer à son tour mon inconscient. L'extériorisation par images d'un corps nu dont j'ai été l'intime ne peut se faire, implicitement, que par la simple retranscription du réel. Du fait de ma personnalité ce corps se mêle à une multitude d'images mentales personnelles. L'unicité de la nudité se brouille du fait de MON INTIME ; celui-ci joue avec la réalité et manipule inconsciemment les perceptions.
En éliminant la perspective et les points de référence il devient difficile pour le spectateur de situer l'espace et le temps créant ainsi un moment d'interrogation et de doute sur sa compréhension de la réalité dans l'image. Le sujet photographié et sa signification disparaissent de l'imagerie pour un bref instant, le temps de devenir symboles et de suggérer un état intemporel. La surimpression prend sa source dans le monde mental. Elle reflète, comme lui, la simultanéité des pensées. Les images ainsi produites, addition de deux images, restitue des fragments de ce qui n'a pas changé et tendent vers une nouvelle continuité se rapprochant de mes images intérieures. L'image vient de surgir et de naître avec ses deux composantes, et déjà s'amorce sa décomposition, image offerte à l'usure du temps, l'érosion, la décomposition corporelle. L'image montre et efface ce qu'elle montre simultanément, tandis qu'elle même est à la fois évidente et évanescente.

Stéphane DIREMSZIAN.